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La Voix du Nord - 25/08/2010

Ingénieur mécanique et pas manchot. Gautier Blervacque s'attaque au handicap. Bille en tête. Le patron d'Auptinov modifie ou fabrique des machines et des outils permettant aux salariés handicapés de conserver leur emploi.

Profession : Géo Trouvetou. Au service des salariés ayant un handicap. «Je suis fortement sollicité. Plus que je ne l'imaginais en lançant la société.» Le Béthunois Gautier Blervacque a touché pile : nombre de postes de travail sont inadaptés. Pourtant, la loi veille au grain : tout employeur occupant vingt salariés ou plus doit employer au moins 6% de travailleurs handicapés, sous peine d'être lourdement touché au portefeuille.

La contribution annuelle à verser à l'AGEFIPH (l'Association de gestion du fonds d'insertion professionnelle des handicapés), pour chacun des bénéficiaires qui auraient dû être employés, peut atteindre 1.500 fois le SMIC horaire ! Reste la solution Auptinov, du nom de l'entreprise créée par lui, en mars 2010, en ZA de La Renaissance à Somain (le siège social est à Béthune).

«Tout est faisable»

«Une société de transport collectif a fait appel à mes services, raconte le président d'Auptinov. L'une des employées, souffrant du dos, ne pouvait plus soulever le receveur de pièces de monnaie, très lourd, situé à même le sol.» L'ingénieur mécanique de formation, ancien salarié dans l'aéronautique, le machinisme agricole... a revu tout ça. Gautier Blervacque tend l'oreille aux solutions préconisées par... les ergonomes. «Les deux tiers des cas que j'ai eu à traiter ont nécessité au préalable des prescriptions de leur part, explique-t-il.

Moi, je concrétise les solutions ergonomiques en solutions techniques. Tout est faisable. Demeure le coût.» Ses interlocuteurs ? Les SAMETH, des services d'appui au maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés, et Handiexperh. «Le reste du temps je travaille en direct avec les ESAT (Établissement et service d'aide par le travail)», poursuit notre interlocuteur.

Sur sa planche à dessin informatique, l'ingénieur a aussi modifié des potences de levage. Ou modifié la poignée avant d'un taille haie qui provoquait des échauffements de la main à l'utilisateur.

Gautier Blervacque prend aussi les devants. En concevant une tondeuse hybride (électrique-thermique) radiocommandée. Quatre modèles de 1800 € à 2.500 € hors taxes sont disponibles. Là, c'est l'amateur des modèles réduits qui parle. «Adolescent, je tondais la pelouse chez mes parents.» Un passe-temps pas emballant. D'où l'idée de commander l'engin à partir d'une radiocommande. Assis dans son fauteuil de jardin par exemple. Ou depuis son fauteuil roulant, malheureusement. «Cela aboutit à 95% d'économie d'énergie physique», dit la plaquette de présentation des tondeuses hybrides. Des tondeuses passe-partout, capables de gravir des pentes de 30 à 40°. Et de faire le job en quatrième vitesse : jusqu'à 16 km/h, là où une tondeuse classique progresse au plus à 8 km/h.

Une version 2011 est sur les rails. Un ingénieur éco-conception, issue du bureau d'études Airele à Roost-Warendin, travaille sur «des pistes d'amélioration environnementale» du produit. Avant les retombées financières. «J'escompte vendre cinq machines par mois d'ici à la fin de l'année.»

Auptinov
ZA de La Renaissance - 283, rue Philippe-Delorme - 59490 Somain
Tél. : 06.78.87.97.74 - Site web : http://www.auptinov.fr

PAR BERTRAND BUSSIÈRE

education.gouv.fr - 24/08/2010

Luc Chatel s'est rendu à la cellule "Aide Handicap École" mardi 24 août 2010. Le ministre a rencontré les personnels qui répondent aux questions des familles d’élèves handicapés par courriel ou par téléphone au 0810.55.55.00.

Luc Chatel renouvelle pour la rentrée scolaire 2010 le dispositif  "Aide Handicap École", qui simplifie les démarches des familles d’élèves handicapés.

Les parents peuvent joindre la cellule par téléphone au 0810.55.55.00, du lundi au vendredi, de 8h00 à 18h00, et aussi poser leurs questions par courriel à l’adresse : aidehandicapecole@education.gouv.fr. Des personnels, recrutés, formés et encadrés par trois spécialistes répondent aux usagers.

Créé en 2007, "Aide Handicap École" accompagne la scolarisation des élèves handicapés. Pour l’année scolaire 2009-2010, la cellule a traité plus de 2.400 appels. Toutes les questions posées ont fait l’objet d’une réponse détaillée dans un délai maximum de 48 heures.

Le droit à l'éducation pour tous les enfants, quel que soit leur handicap, est un droit fondamental. Les élèves malades ou handicapés ont été pendant longtemps pris en charge par des établissements spécialisés. Aujourd'hui, ils sont de plus en plus intégrés dans le milieu scolaire ordinaire.



Tour Hebdo - 24/08/2010

L'association Tourisme & Handicaps (ATH) organise un colloque sur l'accessibilité des sites touristiques. Initialement prévu en mai dernier, l'événement aura lieu à Varadero à Cuba les 12 et 13 novembre 2010.

Le programme prévoit une journée d'échanges entre institutionnels, gestionnaires de sites touristiques, concepteurs et fournisseurs de matériels, professionnels du tourisme intéressés par l'accessibilité, et étudiants en tourisme et en architecture…

Les organisateurs attendent des participants en provenance d'Europe, du Canada, d'Amériques centrale et latine. Ils seront accueillis à l'hôtel Paradisus Princesa del Mar à Varadero. ATH précise que le programme "laissera un peu de temps à la découverte de La Havane ou au farniente". Par ailleurs, ceux qui souhaitent prolonger leur séjour "peuvent bénéficier de formules pré et post-colloque".

En France, l'association ATH rappelle qu'elle "délivre, développe et promeut le label national Tourisme & Handicaps sous l'autorité du secrétariat d'Etat au Tourisme". Elle a notamment collaboré à l'étude menée sur le marché des personnes en situation de handicap menée récemment par Atout France.

Informations sur le colloque auprès de Pierre Boudot-Lamott, qui coordonne l'opération, au 06 08 23 70 33 ou par e-mail à l'adresse colloque.cuba@gmail.com.

Voir aussi le site de l'association ATH .

Le Figaro - 21/07/2010

L'acteur trisomique Pablo Pineda est le héros de "Yo, también", une bouleversante comédie dramatique réalisée par deux cinéastes espagnols.

Deux réalisateurs espagnols, Alvaro Pastor et Antonio Naharro, unis pour une belle histoire, émouvante et audacieuse qui bouscule les idées reçues sur le handicap, sur la différence. «Notre envie commune était de poser des questions sur la supposée normalité et d'aborder sans tabou le thème de la sexualité», explique Alvaro Pastor. Dans Yo, también, Daniel (Pablo Pineda), trisomique, rencontre Laura (Lola Duenas), «normale» mais inadaptée, qui lui fait tourner la tête et le cœur. Quelques chromosomes les séparent ? Quelle affaire ! «Nous avions déjà réalisé un court-métrage sur la problématique du handicap mental, mais nous désirions aller plus loin», confie Antonio Naharro, qui ajoute : «Je suis sensible au sujet parce que ma sœur, Lourdes, qui a un petit rôle dans notre film, est atteinte de trisomie.»

La vraie star de Yo, también, primé au Festival de San Sebastian ainsi qu'au Festival international du film de Rotterdam, c'est, bien sûr, Pablo Pineda, qui en est l'interprète touchant de vérité, d'humour et de naturel. Trente-six ans, trisomique, il est le premier Européen mentalement déficient à avoir obtenu un diplôme d'enseignement supérieur. Professeur des écoles, il s'apprête maintenant à obtenir un diplôme de psychopédagogie. «Nous nous sommes beaucoup inspirés de la personnalité de Pablo, qui a travaillé avec nous sur le scénario, explique Alvaro Pastor. Pablo est une exception. Très intelligent, il parle parfaitement bien de son syndrome. Quand il était bébé, sa mère l'a toujours stimulé intellectuellement. Il a, par la suite, suivi le cursus de n'importe quel gamin, bénéficiant d'une loi, passée il y a trente ans, permettant aux handicapés d'étudier à l'école. Il pourrait vivre seul, mais "trouve plus pratique de rester avec ses parents".»

Seule ombre au tableau ? «Il n'a jamais réussi à enseigner, souligne Alvaro Pastor. Pour trouver un emploi dans le public, il lui faudrait passer un concours. Quant aux écoles privées, elles sont timorées et n'osent pas l'employer. Il gagne sa vie en donnant des conférences dans des entreprises pour les convaincre d'engager des personnes déficientes.»

La bande-annonce :


Le Particulier - 20/07/2010

À compter du 1er septembre 2010, tous les dispositifs collectifs implantés en collège et en lycée pour la scolarisation d'élèves en situation de handicap ou de maladies invalidantes sont réformés. Une circulaire du 18 juin 2010 du ministère de l’Éducation nationale, publiée au Bulletin officiel du 15 juillet 2010, remplace les unités pédagogiques d'intégration (UPI) en unités localisées pour l'inclusion scolaire (ULIS).

Cette circulaire fixe les modalités d'organisation et de fonctionnement des dispositifs collectifs de scolarisation des élèves handicapés dans le second degré dans les nouvelles «unités localisées pour l'inclusion scolaire» (Ulis) dès la prochaine rentrée scolaire.

Cette réforme apporte une réponse cohérente aux besoins des élèves handicapés présentant des troubles des fonctions cognitives ou mentales (TFC), des troubles envahissants du développement dont l'autisme (TED), des troubles des fonctions motrices dont les troubles dyspraxiques (TFM), des troubles de la fonction auditive (TFA), des troubles de la fonction visuelle (TFV) ou bien des troubles multiples associés comme le pluri-handicap ou les maladies invalidantes (TMA).

Dès la rentrée 2010, ces unités proposeront aux élèves handicapés :

- une organisation pédagogique adaptée à leurs besoins spécifiques et permettent la mise en œuvre de leurs projets personnalisés de scolarisation (PPS).

- elles font partie intégrante de l'établissement scolaire d'implantation : les élèves scolarisés au titre de l'ULIS sont des élèves à part entière de l'établissement.

- dans le cadre du bassin de formation et en vue d'offrir aux élèves un choix plus étendu de formations professionnelles, l'ULIS peut être organisée sous la forme d'un réseau regroupant plusieurs lycées professionnels.

L'inscription en ULIS nécessite une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH). Mais elle devra être rapide car ces unités seront certainement limitées à 10 élèves.

Chaque ULIS sera doté d'un coordonnateur chargé de l'organisation du dispositif et de l'adaptation de l'enseignement. Il analysera l'impact du handicap sur les processus d'apprentissage pour proposer l'enseignement le mieux adapté. Il apportera également son aide aux enseignants non spécialisés.

Stéphanie ALEXANDRE

Ouest-France - 29/06/2010


La Jeune chambre économique de Cholet réalise un petit film parodique mettant en scène une personne de petite taille. Bien vu.

Ça ne manque pas d'audace. La Jeune chambre économique de Cholet (JCE) a décidé de réaliser un clip de trois minutes et demie pour faire évoluer les mentalités sur le handicap. Il s'agit d'une enquête parodique, dans le style «Experts Miami».

L'histoire ? Dans une entreprise, une employée est empoisonnée en buvant son café. Un homme de petite taille est soupçonné d'avoir fait le coup par ambition. Heureusement, grâce au flair du David Caruso local, il est mis hors de cause...

«Nous avons voulu jouer le rôle de poil à gratter, raconte Anne-Sophie Barbeau, responsable de la commission qui a conçu ce projet depuis un an. Nous avons fait appel à Cécile Lefort, de la société de production Com'L, pour tourner la séquence dans les locaux du cabinet Métayer Loiseau Consultants. Le son a été réalisé par Antony Lefort, de la société Audiotactic. Le tournage a eu lieu le 5 juin.»

Pour jouer l'homme de petite taille, la JCE a fait appel à Ludovic Ponthoreau, un Vendéen de Rocheservière. Membre de l'Association des personnes de petite taille, il n'a pas hésité avant d'accepter de faire l'acteur. Il connaît les difficultés que rencontrent les personnes handicapées. «J'ai eu des difficultés à trouver un job, témoigne-t-il. J'ai travaillé dans une station-service et, après quatre ans de démarche, le conseil général de Vendée m'a proposé un emploi.»

Le clip bénéficiera d'une large diffusion. Il sera projeté par le multiplex de Cholet avant les films numériques, jusqu'à la fin de l'année. La société Thalès le fera connaître dans ses différentes unités. La vidéo devrait également être visible sur le réseau internet des Jeunes chambres économiques et sur des réseaux sociaux.

Michel CAILLARD


Autour de Ludovic Ponthoreau, les membres de la JCE qui ont conçu la vidéo

La Croix - 13/06/2010

Dans un entretien à «La Croix», Jeannette Bougrab, présidente de la Halde, dénonce les nombreuses discriminations touchant les personnes handicapées, en particulier dans le domaine de l’emploi. Elle annonce aussi son intention de saisir la justice dans un dossier concernant la compagnie aérienne EasyJet


Pour la première fois, le collège de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) se réunit lundi 14 juin pour une séance spécifiquement consacrée au handicap et à la santé. Recevez-vous beaucoup de requêtes en ce sens et pour quelles discriminations ?

Oui, les discriminations liées au handicap et à la santé, qui sont inacceptables, représentent notre deuxième motif de saisine (soit 20% du total), derrière les discriminations liées à l’origine. Depuis la création de la Halde en 2005, 6.956 réclamations (dont 1.100 depuis janvier dernier) de ce type nous ont été adressées. La moitié de ces affaires porte sur des discriminations liées à l’emploi. Et environ 10% des cas concernent des familles dont les enfants handicapés ne peuvent accéder à une structure scolaire ou éducative. Enfin, nous avons aussi beaucoup de plaintes pour des problèmes d’accès au logement, à des services bancaires, aux assurances ainsi qu’aux transports aériens.

Comment se manifestent ces discriminations dans le domaine de l’emploi ?

Il y a d’abord des discriminations à l’embauche, aussi bien dans le secteur privé que le secteur public. Par exemple, nous avons eu le cas d’une jeune femme, candidate au concours de professeur des écoles. Le problème est qu’elle souffre d’un handicap qui l’empêche de nager. Or pour postuler à ce concours, il y a un prérequis : il faut avoir une attestation prouvant que l’on est capable de faire un "50 mètres natation ". La Halde estime que cette exigence est discriminatoire. Car on peut ne pas pouvoir nager et avoir toutes les compétences pour enseigner la grammaire ou les mathématiques !


Les associations de malades du cancer affirment que bien souvent, après les traitements, les personnes, encore fatiguées, ont du mal à obtenir un poste adapté, ce qui rend très difficile ce retour à l’emploi.

Nous avons effectivement beaucoup de dossiers sur ce problème de maintien dans l’emploi. En général, la situation est la suivante : la personne, à son retour, voit le médecin du travail qui va la déclarer apte mais à condition qu’elle puisse être reclassée sur un poste adapté. Et trop souvent, ces préconisations ne sont pas suivies par l’employeur qui licencie la personne pour « impossibilité de reclassement » ou pour un motif déguisé, en évoquant par exemple des raisons économiques.


Avez-vous les moyens, alors, de prouver qu’il s’agit d’un licenciement déguisé ?

La Halde a des pouvoirs d’instruction importants qui permettent d’exiger d’un employeur tous les éléments permettant de savoir, par exemple, si le licenciement économique est ou non justifié. Nous lui demandons aussi d’apporter la preuve qu’il a suivi les préconisations du médecin du travail pour proposer un reclassement adapté. Bien souvent, il n’est pas en mesure de le prouver, ce qui permet d’obtenir sa condamnation en justice. Par exemple, grâce à la Halde, une pharmacie vient d’être condamnée à verser à une de ses employées handicapée près de 42 000 €. Nous avons pu établir que l’employeur avait refusé de mettre en place les aménagements préconisés par le médecin du travail avant de licencier cette salariée.


Lundi, la Halde va aussi examiner le dossier de cette femme de 38 ans, paraplégique, qui, en mars dernier, une fois montée à bord d’un appareil de la compagnie EasyJet, a été "débarquée" au motif qu’elle n’avait pas d’accompagnateur.

C’est un dossier que nous suivons avec attention : d’abord parce que cette jeune femme a été confrontée à une situation humiliante, mais aussi parce que son cas est assez emblématique de pratiques qui ont tendance à se développer dans certaines compagnies low-cost. Aujourd’hui, la règle est pourtant claire : une compagnie n’a pas le droit de refuser un passager en raison de son handicap, même s’il peut y avoir des dérogations. La compagnie peut évoquer des conditions de sécurité pour exiger la présence d’un accompagnateur. Cela peut être légitime si une personne est très peu autonome. Le problème est qu’il n’existe pas de texte fixant de manière précise les cas où cette exigence de sécurité peut être appliquée. D’une compagnie à l’autre, les critères peuvent être très variables.

À l’évidence, certaines abusent en refusant l’accès à leurs appareils, au nom d’impératifs de sécurité. D’autres exigent que des personnes, pourtant capables de voyager seules, soient accompagnées. Ce qui oblige à payer deux billets au lieu d’un seul et rend parfois impossible le voyage pour un motif financier. Dans cette affaire concernant EasyJet, nous avons, à plusieurs reprises, mis cette société en demeure de nous fournir ses justifications. Nous n’avons pas reçu ces éléments. Notre patience a des limites et nous avons décidé de saisir le tribunal de grande instance pour obtenir la communication de ces pièces.


Le Sénat vient de voter en première lecture le projet de loi instaurant le défenseur des droits, auquel il a intégré la Halde. Pour quelle raison êtes-vous opposée à ce rattachement ?

Les victimes de discrimination ont souvent beaucoup de réticences à s’engager pour faire respecter leurs droits. Elles ne le font que si elles ont une pleine confiance dans l’institution qui va les aider dans cette démarche. Cette confiance ne se bâtit pas du jour au lendemain. La Halde a mis cinq ans pour être identifiée de manière claire comme le garant des principes d’égalité de notre pacte républicain. Et c’est parce que nous sommes reconnus que les victimes de discrimination sont de plus en plus nombreuses à nous saisir. Si demain, la Halde disparaît, c’est tout ce travail qui sera à refaire.


Pierre BIENVAULT

Le Figaro - 18/05/2010

Trois entreprises sur quatre emploient au moins un handicapé contre deux sur trois il y a six mois, selon le 3ème baromètre emploi et handicap du «Figaro économie» et MissionHandicap.com.

«En progrès, mais peut encore mieux faire.» Cette appréciation, classique sur les livrets scolaires, correspond parfaitement au comportement des entreprises vis-à-vis des travailleurs handicapés.

Selon le 3ème baromètre «emploi et handicap» (il est bisannuel) réalisé par OpinionWay pour Le Figaro économie et MissionHandicap.com, 74% des sociétés de 20 salariés et plus ont des personnes handicapées dans leurs effectifs, contre 66% lors de la précédente enquête. Cette pro­gression de huit points en six mois mérite d'être saluée, surtout en période de crise.

Sans surprise, la situation varie sensiblement selon la taille des sociétés. Parmi les entreprises de moins de 50 salariés, des progrès importants ont été réalisés. Le pourcentage de celles n'employant aucun travailleur handicapé est passé de 44  à 33%, soit un recul de 11 points. Quant à celles de plus de 250 salariés, elles ont toutes, désormais, au moins un salarié handicapé dans leur effectif. Par secteur d'activité, les services viennent, de peu, en tête (76%), devant l'industrie-BTP (75%) et le commerce (71%).

«La peur du gendarme»

«L'entrée en vigueur, le 1er janvier dernier, d'un décret de la loi de 2005 infligeant une amende plus lourde aux mauvais élèves, autrement dit la “peur du gendarme”, a incité bien des entreprises à faire un effort», commente Charlotte Le Gaillard, directrice d'études chez OpinionWay.

Ce décret prévoit que les firmes n'ayant mené aucune action (contrat d'intérim, CDD, CDI, accueil de stagiaires, recours au secteur protégé…) les trois années précédentes devront payer à l'Agefiph (1) une pénalité annuelle égale à 1.500 fois le smic horaire (environ 13.300 euros), contre 400 à 600 fois auparavant, multipliée par le nombre de personnes handicapées manquantes dans leurs effectifs, le quota fixé par la loi étant de 6% (2).

Autre enseignement de cette étude : neuf entreprises sur dix connaissent «très bien» ou «assez bien» la loi handicap ainsi que le décret entré en vigueur le 1er janvier 2010.

«Les campagnes d'information et de sensibilisation que nous avons menées depuis le vote de la loi en 2005 et qui se sont intensifiées (spots TV, visuels dans la presse…) à l'approche de la date fatidique ont porté leurs fruits, se félicite Jean-Marie Faure, président de l'Agefiph. Cette année, nous allons maintenir l'effort sur la formation des personnes handicapées à la recherche d'un emploi, car une demande existe, notamment dans les PME, mais à la différence des grands groupes, elles sont moins bien armées pour les former.»

«Paradoxalement, l'impact de cette loi sur la politique de gestion des ressources humaines a fléchi, relève Charlotte Le Gaillard. Ainsi, 57% des personnes interrogées considèrent qu'elle a un impact «modéré» ou «fort», contre 65% il y a six mois.» Pourtant, deux entreprises sur trois estiment que cette loi incite à embaucher des personnes handicapées et près de trois sur quatre considèrent que leur recrutement et leur maintien dans l'emploi est «plutôt» ou «tout à fait» un objectif.

Moindre progression du chômage

«En 2009, au plus fort de la crise, les sociétés ont fait de gros efforts pour maintenir en poste les personnes handicapées qui ont été moins touchées que les autres salariés par les plans de restructuration et les licenciements, souligne Annick Monfort, directrice des études à l'Agefiph. Résultat : si le nombre de handicapés chômeurs est passé en un an de 228.000 à 250.000, il a progressé deux fois moins vite que le chômage dans son ensemble.»

L'emploi est avec la formation au cœur des accords d'entreprise sur le handicap. S'ils sont encore rares - seulement 7% des sociétés, selon le ministère du Travail, en ont signé et il s'agit le plus souvent de grands groupes (Crédit agricole, Axa France, Lyonnaise des eaux, EDF…) - le nombre d'établissements ayant conclu un accord a tout de même augmenté de 30% depuis 2005.

«Nous souhaitons une montée en puissance d'accords ambitieux et de qualité car ils constituent un très bon outil pour mettre en place, sur plusieurs années, une véritable politique d'emploi des travailleurs handicapés favorisant le recrutement et la formation», déclare Jean-François Hatte, chef de la mission pour l'emploi des personnes handicapées à Bercy.

Une ombre à ce tableau d'ensemble plutôt positif : seulement une entreprise sur quatre envisage d'embaucher des salariés handicapés d'ici à la fin de 2010. C'est cinq points de moins que dans le précédent baromètre.

(1) Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées.

(2) Une entreprise sur deux a payé la contribution Agefiph en 2009.

Des adultes handicapés mettent sous film plastique des couverts destinés aux hôpitaux
à l'atelier agroalimentaire de l'agglomération grenobloise.
Crédits photo : Pierre BESSARD/REA

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